[Emmanuelle Simonet]

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Les FLEURS D'HYPNOSE d'Emmanuelle Simonet par DENYS-LOUIS COLAUX

Dans une sorte de prospection intime, d'aventure et de vendange en soi-même mêlées à des alchimies secrètes, la plasticienne et collagiste française Emmanuelle Simonet conçoit avec une patiente minutie et une épatante ingéniosité des tableaux d'une formidable intensité poétique. Dans la pratique de son art complexe et savant, elle est tout à la fois mosaIste, orfèvre, sertisseuse, vitrailliste. Elle opère dans un chiffonnement de la ligne du temps et invente la rencontre extrêmement dynamique d'époques éloignées, de moeurs différentes, de tons et de couleurs distincts.Des fragments d'art, des matériaux iconographiques divers rencontrent des éclats de vie privée et ensemble tissent une oeuvre intense et serrée. Tous ces éléments, ces matériaux, comme des musiciens au sein d'un orchestre, finissent par concerter, par constituer l'espace cohérent d'une oeuvre. Une oeuvre, je veux dire cet objet magique tout à la fois doué du pouvoir de produire une électricité, un frisson, d'exercer un magnétisme, d'engendrer une interrogation circulaire et capable de ranimer en moi, simultanément, le vertige du doute et la joie puissante de l'admiration. L'oeuvre, c'est un grain qui me prend pour une terre fertile.
Les oeuvres de Simonet témoignent d'une navigation, un peu sur le mode de l'automatisme des surréalistes, dans les domaines entremêlés de la mémoire, de la conscience et du rêve. Elles résultent d'une passionnante suite d'incursions que l'artiste mène dans les couloirs et les pièces de son monde intérieur. De cette spéléologie dans ses cryptes intestines, de cette immersion dans le monde de ses ombres et de ses halos, l'artiste ramène d'étonnantes fleurs d'hypnose, des compositions envoûtantes qui exhalent un mystère qui nous implique, qui nous hèle, qui nous remue et qui, me semble-t-il, finit par nous mobiliser, par nous mettre sur notre propre piste. Si bien que les luxuriants et protéiformes fruits de cette descente en soi-même, plutôt que de s'involuter ou de borner leurs intentions et leurs effets au dévoilement d'une expérience privée, deviennent pour le regardeur la troublante occasion d'une incitation au voyage intérieur.
Emmanuelle Simonet compose, ai-je envie de dire, des poèmes visuels où les éléments s'enchevêtrent, se chevauchent, se conjoignent, se lisent par transparence les uns à travers les autres, dans la foisonnante complexité même de ce qui ressemble au langage onirique, au flux de la pensée, à l'activité du puits de la conscience. C'est, si l'on veut, dans le sillage du projet inabouti des surréalistes, la psychanalyse relue comme une passionnante aventure poétique et créatrice.
Mais si l'automatisme a une part dans l'entreprise simonétienne, la maîtrise technique, la finesse d'exécution, la composition y tiennent des rôles importants. Le collagisme chez Simonet atteint à une virtuosité inédite. Les travaux de l'artiste se dstinguent radicalement de l'effet choc souvent inhérent aux collages et sont capables de rendre le pullulement des images du monde mental, les liens subtils ou brumeux qui les unissent, les éléments abstraits qui s'y insèrent.
Ce voyage dans l'âme a aussi quelque chose à voir avec un voyage dans l'art.

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